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jeudi 1 décembre 2016

Nouveaux ateliers

Mes nouveaux livres parus m'ont inspiré deux nouvelles interventions pour les écoles:


http://www.editionslesminots.com/album-zormitille.phpUn atelier culinaire...
Trois de mes livres abordent le thème de la nourriture.
Dans les Cuisines de Barbe-Noire, un jeune marmiton se retrouvait à bord du vaisseau du célèbre pirate. Dans la Salade de Babau, une ogresse dévorait les enfants en salade. Dans Zormitille, l'ogresse n'a plus d'appétit.
http://www.editionslesminots.com/album-zormitille.phphttp://www.mijade.be/
 C'est précisément autour de cette ogresse que les enfants travailleront. Pour lui redonner faim, les élèves concevront des recettes farfelues, dans l'esprit du livre. L'occasion aussi de se promener un peu en Russie, puisque le livre se déroule dans cet univers et d'imaginer des plats savoureux et slaves....(mitonnés aux enfants)




 Un atelier sur la résistance par la presse du CE2 à la classe de troisième
A partir de Léonie se marie, je propose aux enfants de découvrir la travail de résistance par la presse et plus particulièrement  le rôle des courriers de l'air, lancés par avion.


http://www.lirabelle.fr/


A l'aide de la papillote dont il est question dans la livre, les élèves réaliseront leur propre article de journal.
Un atelier d'écriture qui s'appuie sur des documents d'archives.

 








mardi 29 novembre 2016

Un air de fin d'année...

L'année 2017 approche à grand pas. Voici venu le temps de parler des projets, nouvelles, interventions à venir.

Livres à venir
En coulisse, mon amie Xavière Broncard prépare des pépites pour un projet à paraître aux éditions A pas de loup. Il s'agit d'un nouveau conte de la montagne bleue. Une nouvelle histoire de calligraphie.
Son travail est splendide, en voici un premier aperçu:



En 2017, je deviens presque drôle. Si, si, je vous assure... .
Thierry Manes s'affaire autour d'un album co-écrit avec mon ami de toujours, Nicolas Rouget. Une histoire de fratrie peu ordinaire, aux éditions Frimousse.

En 2017, je me lancerai même dans une histoire pour les tout petits...(mais chut, je garde le secret).

Quelques couvertures de livres à venir:

Celles des Albums de l'Histoire, avec Clémence Pollet et Xavière Broncard. Je vous en reparle bientôt!



Projet en cours
Avec mon amie Hajnalka Cserhati, nous cherchons un éditeur pour un projet qui raconte l'histoire d'une vieille femme un peu étrange. Tout le monde la prend pour une sorcière. Et pourtant...
Un projet tendre qui traite de différence et de préjugés, de transmission aussi.

Editeurs, si vous passez dans le coin, ce projet recherche une maison.




Interventions à venir
En 2017, je reprends le chemin de l'école, et plus particulièrement, celui des collèges avec des ateliers riches et au long cours.

A Paulhan, nous écrirons un carnet de voyages. J'espère faire travailler les collégiens sur l'histoire des migrations...parce qu'en ce moment ,je travaille sur ce thème!
A Gignac, avec les fidèles enseignants, nous reprenons nos investigations sur la guerre 14-18 et cette fois, dans une direction, vraiment originale!
A Castries, nous travaillerons sur la mise en voix....de mes propres textes.
Et  à Lodève, nous continuons à chanter afin d'achever la préparation de notre livre CD....que vous verrez fort bientôt, puisqu'a priori, nous avons trouvé un éditeur!


mercredi 16 novembre 2016

Les courriers de l'air

Je suis ravie de vous présenter mon dernier album. Il traite d'un sujet qui me tient particulièrement à coeur et qui, je l'espère, vous touchera autant qu'il m'a ému.


Une jeune femme se rend au mariage d'une amie, elle remarque des papillotes brillantes qui essaiment le ciel. Il s'agit de tracts envoyés par les alliés, jetés par avion pour informer et redonner du courage aux résistants.

Il s'agit d'un épisode de la vie de ma grand-mère pendant la Seconde guerre mondiale. Ma grand-mère a ramassé ce papier et me l'a offert bien plus tard.

Ce livre évoque donc ces courriers aériens qui appelaient à la résistance et le courage d'une jeune femme, jeune lycéenne, dans la France occupée.

Il est illustré avec brio par Sonia Marie Luce Possentini et sort aux belles éditions Lirabelle.
 Merci à eux!




Je vous transmets quelques documents pour découvrir ces papillotes et la résistance par la presse.
Un site pour découvrir le tracts
Un dossier intéressant pour les enseignants ou ceux qui souhaitent faire le point sur cette question
Sur les tracts


 Sur la presse résistante




(un petit mot pour mon amie Hajnalkà; dont j'adore le travail et avec qui je le sais, j'aurai encore la chance de voir naître de très beaux projets)


samedi 29 octobre 2016

Elomire....

Je viens de passer trois mois à écrire sur un grand auteur.
Qui a été emprisonné à deux reprises, 
Qui a  joué dans des jeux de paume, 
Qui a aimé la fille de sa femme qui n'était pas sa fille
Dont on n'a jamais retrouvé le moindre texte autographe (et qui n'a peut-être rien écrit des chefs-d'oeuvre qu'on lui prête)
Qui n'aimait pas boire de lait,
Qui a perdu deux fils et ne s'en est jamais consolé,
Qui a vécu à côté de Pézenas mais qui n'avait pas l'air de manger ses petits pâtés,
Qui a été le protégé de deux princes et d'un roi,
Le meilleur ami d'un médecin et d'un apothicaire,
Dont le nom est Elomire dans le désordre

et qui détestait la médecine autant qu'il aimait le théâtre!

J'ai appris des anecdotes que j'ignorais à son sujet et je me suis amusée à regarder ses pièces filmées.
Ma préférée est sans conteste, celle-ci: Les Femmes savantes
Et vous quelle est votre pièce de Molière préférée?
Avant de continuer ma promenade dans le grand siècle et de commencer un nouveau roman que j'ai hâte d'écrire, voici un extrait :

 Mon livre sur Molière sortira l'année prochaine,
et j'aurai le plaisir de vous en reparler!

vendredi 23 septembre 2016

Place à l'automne et à ses sorcières...

Au mois d'octobre paraîtront des livres que j'attends impatiemment.
Je vous présente tout d'abord Zormitille qui sortira le 7 octobre aux belles éditions les Minots.

L'idée de ce livre est née dans le cerveau de ma fille il y a quelques années: "Maman, tu devrais écrire l'histoire d'une ogresse qui subitement n'a plus d'appétit". Nous nous sommes beaucoup amusées toutes les deux à l'imaginer, à en inventer la trame.
Le voici en papier et en couleurs, sous les pinceaux de Xavière Devos qui a magnifiquement oeuvré. Voici donc  Zormitille, une ogresse déprimée, le docteur Carabistouille, (une sorte de Diafoirus des temps modernes) et une jeune blondine...
Un petit aperçu pour vous faire une idée et encore une dizaine de jours avant de vous le montrer...en vrai!








dimanche 18 septembre 2016

Ils veulent (tous) assassiner Henri IV

Vous croyez que Ravaillac a tué Henri IV? Que c'était un déséquilibré, un psychopathe qui rêvait d'un moment de gloire?


 Ravaillac -l'homme de vert vêtu et aux cheveux roux - avait des hallucinations, il parlait seul, se promenait toujours avec un couteau, était d'une dévotion maladive mais il n'a sans doute pas agi seul.
La mort de Henri IV est un feuilleton:
- une jeune confidente rapporte un complot: deux femmes - une amante éconduite et la femme d'un des plus grands du royaume - intriguent pour tuer le roi. Pire, Ravaillac serait logé chez l'une d'entre elle...
- de mystérieux cavaliers viennent des Flandres pour tuer le roi...
- de curieuses missives circulent dans l'ambassade d'Italie et rapportent des rumeurs de complot...(un autre )
Il faut dire que le brave Henri n'avait pas ménagé sa peine pour se faire des ennemis:
un protestant volage qui quitte ses maîtresses plus souvent qu'il ne change de vêtements (eh oui, il sentait mauvais, paraît-il), un chef de guerre sur le point d'entraîner son pays dans de nouvelles batailles et un amoureux qui a choisi une jeune femme mariée...encore mineure.

Bref, toutes les raisons étaient réunies et au final...qui a tué Henri IV?


Pour ceux qui veulent savoir (toute?) la vérité historique, je vous recommande la lecture passionnante des livres de l'historien Philippe Erlanger qui écrit admirablement bien en plus de raconter l'histoire avec précision. (par exemple: L'étrange mort de Henri IV).
Pour ceux qui souhaitent connaître la dernière thèse avancée:


 Pour ceux qui veulent s'amuser à mener l'enquête avec Ondine, une jeune escamoteuse...Je vous livre ici le chapitre 1.  (avant les dernières corrections qui ont été faites) Bonne lecture!




J-9



Deux femmes vêtues de noir entrèrent dans la nef. Charlotte du Tillet s’était drapée dans un manteau et couvert la tête pour ne pas être reconnue. Dans l’église, elle laissa paraître un visage austère et froid, plutôt laid. La marquise Henriette d’Entragues avait plus d’éclat. C’était une femme d’une grande élégance, brune, à la peau claire et aux yeux aussi vifs qu’inquiétants. Sa rupture brutale avec le roi n’avait pas terni ses traits, au contraire, le désespoir et la haine la rendaient étrangement belle, presque effrayante. Dans l’obscurité, elle resplendissait encore.
Au moment où elles s’assirent sur un banc de prière, un curé sortit du confessionnal. Il s’approcha d’elles d’un pas solennel et leur chuchota quelques mots à l’oreille.
— Il est en retard ! s’inquiéta Charlotte du Tillet.
— Il ne va pas tarder, assura le père Coton.
— Et vous êtes certain qu’il fera l’affaire ? s’enquit la marquise.
— Parfaitement. Il croit qu’il ira au paradis en tuant un huguenot[1] ! Et de votre côté, tout se présente bien ?
— Nous avons eu, dit-elle en se tournant vers Charlotte du Tillet, un léger imprévu avec l’une de nos dames de confiance.
— Jacqueline d’Escoman ! Elle est venue me voir, confirma le père. Elle était prête à vous dénoncer toutes les deux. Si elle parle, nous sommes perdus.
— Rassurez-vous, reprit la marquise avec des yeux diaboliques, Jacqueline d’Escoman croupit en prison, à la Conciergerie, et elle n’est pas près d’en sortir !
— Si elle parle, personne ne la croira, renchérit Charlotte. Cette femme est une misérable, elle s’est acoquinée à un vaurien. C’est une fille perdue, une catin ! Nous ne risquons rien.
Le père Coton parut convaincu.
— Tout se présente donc pour le mieux. L’affaire sera réglée dans quelques jours. François va arriver.

À quelques pas de là, un homme errait au cœur de la nuit.
— Taisez-vous ! hurlait-il.
Les rues étaient désertes. Seuls les brigands et les chats rôdaient encore près du quartier des Halles.
L’homme cria encore plus fort :
— Cessez de me harceler ! Je ne veux plus vous entendre !
Il se tenait la tête entre les mains et arrachait ses cheveux de Judas[2].
François Ravaillac parlait seul. Ses hallucinations avaient commencé à le hanter tout petit alors qu’il vivait encore dans la maison familiale à Angoulême. Puis, son père était parti, plongeant toute sa famille dans la misère, et les voix avaient forci dans sa tête. Elles s’étaient multipliées et ne se taisaient plus. Dans ces moments de crise, il ne trouvait jamais de répit sauf lorsqu’il se recueillait devant un monument à la gloire de Dieu.
— Je sais que vous êtes là ! Vous voulez me contredire, mais vous n’y arriverez pas ! s’époumona-t-il encore.
Il s’écroula plusieurs fois en titubant jusqu’à l’église Saint-Eustache. Il paraissait ivre, il était juste fou et malheureux. L’église se dressait devant lui, immense à crever les nuages, béante des travaux en cours, hérissée de gargouilles grimaçantes qui recrachaient la pluie battante sur les rues de Paris. Il s’engouffra à l’intérieur et sanglota devant un crucifix.
— Seigneur ! Indiquez-moi le chemin, je suis votre serviteur !
Le père Coton s’approcha de lui pour le réconforter.
— Vous voilà, mon fils. Nous vous attendions. Je suis le ministre de Dieu. Laissez-moi vous aider, mon enfant. Que voulez-vous savoir ?
— J’ai peur, marmonnait-il. Le Seigneur ne me montre pas la voie. Tuer est un crime ! Si je deviens un assassin, êtes-vous certain que je n’irai pas en enfer ?
— Nous en avons débattu à plusieurs reprises, les huguenots sont les ennemis de Dieu, votre cause est bonne. Vous n’irez pas en enfer, tout au contraire. Le Seigneur vous récompensera pour votre bravoure.
Les deux femmes s’étaient assises à leurs côtés et épiaient chacune des réactions de l’homme roux.
— Dans trois jours, poursuivit Charlotte du Tillet, vous viendrez chez moi. Nous réglerons les derniers points. D’ici là, vous devez repérer les lieux, et surtout ne pas vous faire remarquer.
Henriette d’Entragues le toisa de pied en cap et s’inquiéta de son accoutrement : il portait un costume vert et un chapeau à plumet reconnaissables entre tous.
— Ne peut-on lui trouver un tailleur, pour arranger cela ? demanda-t-elle.
— Ce ne sont que des détails, reprit le père Coton, si Dieu le veut, rien ne l’arrêtera.
— Dans trois jours ! Répétèrent les deux femmes en sortant de l’église.
***
Au premier étage du palais du Louvre, une foule de domestiques s’était assemblée dans une pièce de service minuscule. Le porte-chaise, le porte-manteau, des lavandières de têtes, des lingères ou de simples servantes, tous attendaient impatiemment que le spectacle commençât. Ondine, une grande asperge de onze ans, aux boucles folles et à l’air mutin, était montée sur un guéridon et haranguait ses camarades :
— Mesdemoiselles, messieurs, voyez-vous ce foulard ? Et cette pièce en or ? Dans un instant, je la ferai disparaître. Ne la perdez pas de vue. Si vous la retrouvez, elle sera à vous.
Elle avait répété ce numéro minutieusement et pouvait le réaliser les yeux fermés. Elle fourra la pièce dans le foulard, tira discrètement sur la ficelle qu’elle avait tendue pour faire disparaître l’écu. Elle agita mystérieusement ses doigts, prononça une formule magique improvisée et rouvrit triomphalement le bout de tissu. La pièce n’y était plus.
L’assistance poussa un cri de stupeur.
— Vous pouvez chercher où bon vous semble ! fanfaronna la fillette. L’écu a disparu pour de bon !
— Tu nous étonneras toujours ! s’exclama une vieille femme de chambre qui la connaissait depuis qu’elle était toute petite.
Ondine était une parfaite escamoteuse. Si elle n’avait pas travaillé au palais, les foules se seraient pressées pour découvrir ses tours sur les places publiques.
— Vous n’avez encore rien vu ! J’ai mis au point un nouveau tour. Croyez-moi, je vais vous épater ! Cette fois, reprit-elle, je vais disparaître moi-même.
Dans l’assemblée, elle reconnut son ami Jean, un garçon qui, comme elle, avait grandi au palais parmi les domestiques. Sans parents. Elle lui fit un grand sourire puis s’introduisit dans un petit placard. Elle demanda qu’on l’y enfermât à clef.
— Et maintenant, ajouta-t-elle de l’intérieur, comptez jusqu’à 100 !
À 10, la porte s’ouvrit : Ondine était toujours dans le meuble, et sa supérieure, la vieille Renouillère, se dressait devant elle furieuse. Elle n’était pas d’un naturel commode, et les jeux d’Ondine ne l’amusaient pas du tout, surtout quand ils se déroulaient pendant les heures de service.
— Tu resteras toute la nuit dans la garde-robe[3] de la reine et tu plieras le linge pendant que les autres dormiront ! Et crois-moi, tu n’as pas intérêt à perdre le moindre drap, le moindre ruban, le moindre fil ! Sinon, c’est moi qui te ferai disparaître. C’est compris ?
La jeune fille s’exécuta immédiatement. En passant devant Jean, elle lui fit un clin d’œil. Il s’apprêtait à repartir travailler. Le garçon exerçait un drôle de métier : il portait des missives un peu partout dans Paris, connaissait toutes les histoires galantes de la cour, celles des amants éconduits, des bourreaux des cœurs ou des empoisonneurs. Il faisait office d’espion, d’entremetteur, de fin limier. Mais ce soir-là, ses talents étaient au service de son amie. La jeune fille lui avait confié son plus grand secret en implorant son aide, et il avait accepté. Depuis des mois, il enquêtait pour elle et il était sur le point de faire une sacrée découverte.
Si elle avait eu idée de ce qui l’attendait, elle aurait tenu sa langue et n’aurait rien demandé.



[1] Protestant. La Saint-Barthélemy qui a opposé protestants et catholiques et conduit au massacre des huguenots est encore très présente dans les esprits. Henri IV s’est converti au catholicisme mais les plus fervents ne croient pas à la sincérité de sa conversion.
[2] Roux.
[3] Au XVIIe siècle, la garde-robe est une grande pièce dans laquelle on range les vêtements mais aussi où plusieurs domestiques travaillent.

mercredi 14 septembre 2016

J-9...Départ vers les Indes

Le pari insensé de Christophe Colomb est sorti depuis un peu plus d'une semaine (Il partira très bientôt en réimpression, ce qui fait chaud au coeur) et je souhaitais vous parler de l'Amiral.

Pour ceux qui s'intéressent à Christophe Colomb, voici les coulisses de l'Histoire. Christophe Colomb est davantage un mythe qu'un homme. On ignore presque tout de ses origines, mille légendes existent à son sujet. C'est aussi un homme mû par une idée fausse qui engendre du réel. Son obstination, d'aucuns diront sa folie, ont transformé le monde alors même qu'il l'ignorait encore...et que le continent qu'il a découvert ne porte pas son nom...
On prétend que le navigateur possédait une carte très détaillée qui donnait à voir les îles au delà de la mer des Ténèbres. C'est théoriquement impossible puisque personne n'avait bravé cette terrible mer. D'où vient cette carte? Qu'est-elle devenue?
Sur ce sujet, j'ai trouvé des bouquins passionnants dont celui de Jean-Yves Sarazin aux éditions de la Bnf. L'ouvrage se nomme "Nouveaux mondes" et donne à voir des documents sur la représentation du monde à l'orée de la Renaissance.  Mais le livres qui m'a le plus fait rêver sur les cartes marines et autres portulans est celui ci:

Il a fait l'objet d'un compte-rendu détaillé sur ce site:
ici pour ceux qui braveront l'anglais, c'est vraiment très riche d'enseignements.
Bref, j'ai adoré observer ces cartes et planisphères et me plonger dans la représentation du monde de nos ancêtres.
Pour le plaisir, voici une carte qui illustre parfaitement les croyances de l'époque. On dessinait les monstres que l'on craignait de rencontrer en pleine mer.

Voici en lecture l'incipit pour vous donner une idée de l'esprit de l'ouvrage. Je me suis amusée autour de cette étrange carte que possédait Colomb, avec les monstres marins qui hantaient les esprits, j'ai joué de l'impatience qui rongeait les hommes, de leurs peurs, de leurs espoirs et de la certitude enfouie d'être sur le point de changer le monde...
Quant à la fin...suspense oblige, vous n'en saurez rien, même si elle est double, puisque dans cette collection, on réinvente l'histoire..après avoir raconté la version officielle!


J – 9

Mercredi 3 octobre 1492

Manolo regardait l’onde mourir contre la coque de la Santa María. Le jeune garçon ne trouvait pas le sommeil sur sa paillasse. Il redoutait ces nuits sans étoiles où les rares lueurs offertes par la lune dessinent des nuages terrifiants et font apparaître sur les flots des monstres marins prêts à jaillir de l’écume. Il avait quitté la terre ferme depuis six semaines. Six longues semaines.
Le temps que le capitaine Christophe Colomb avait estimé pour arriver aux Indes. Et ils n’étaient pas arrivés.
Les trois vaisseaux, la Santa María, la Pinta et la Niña filaient vers l’ouest. Elles prenaient bien le vent, mais la terre ne se montrait pas. Chaque jour l’attente des marins était déçue, et l’inquiétude montait d’un cran. La mer était calme, trop calme sans doute : les tempêtes avancent toujours à pas de velours.
Manolo remarqua une silhouette près du bastingage. C’était un petit mousse, comme lui, aux yeux espiègles et à l’air filou. Il s’appelait Juanito et, malgré son jeune âge, il avait déjà pas mal bourlingué ; il était ami avec tous les loups de mer à bord de la Santa María. Manolo l’avait aperçu bien des fois dans les cordages, se balancer comme un singe de vergue en vergue. Il admirait son habileté : lui était plutôt maladroit et d’un naturel plus réservé. Il s’approcha timidement. Il mourait d’impatience de lui adresser la parole, sans savoir trop quoi lui dire. La mer se taisait si fort qu’elle donnait envie de causer pour meubler le silence.
— Tu ne dors pas ? demanda-t-il. Qu’est-ce que tu fais là ?
Le mousse refermait un mystérieux tonnelet de bois qu’il avait apporté.
— Ça ne te regarde pas ! Et toi ?
— Moi, confessa Manolo, j’ai du mal à m’endormir quand il fait complètement noir.
— C’est ton premier voyage ? T’as les jetons ?
Manolo fit oui de la tête.
— Eh bien, t’as raison ! Y a de quoi avoir la frousse ! Pourquoi t’as embarqué sur ce rafiot ?
— Je me suis engagé volontairement, répondit le garçon. J’ai même fait des pieds et des mains pour faire partie de l’équipage.
Avant cette traversée, Manolo n’était jamais monté sur un bateau, sauf en rêves, et il avait beaucoup rêvé. Surtout de voyages lointains. Il faut dire que pendant cinq ans, il avait vécu cloîtré dans un monastère. Pour tromper l’ennui, il avait appris à reconnaître les étoiles dans le ciel. Il connaissait le nom de chaque astre et voyageait parmi eux comme on se promène sur la terre ferme. La nuit, il s’inventait des peuples célestes, des routes dans les nuages. Le jour, depuis la lucarne de sa cellule, il observait la mer et ses vaisseaux avec la même ferveur : les goélettes, les galées[1] avec leurs bancs de rameurs, et les nouveaux bateaux ronds[2] qui partaient à la conquête du globe. Dans son imaginaire, il parcourait le monde. Manolo avait déjà l’âme et le cœur d’un marin sans avoir jamais quitté le continent.
— Un jour, Christophe Colomb est arrivé au monastère, expliqua Manolo. Je l’ai écouté parler et j’ai eu envie de tout abandonner pour le suivre.
Ce projet s’était mis à le hanter progressivement et à remplacer toutes les autres expéditions imaginaires qui l’avaient occupé jusqu’alors.
— Je ne sais pas ce qui m’a pris. D’habitude, je suis très obéissant. J’ai toujours fait ce que mes parents voulaient. Mais ce matin-là, j’ai glissé mes affaires dans mon baluchon et je suis parti.
— Comme ça, sans rien dire ?
— Sans rien dire à personne. J’ai juste laissé une petite lettre pour que les moines la remettent à mes parents. J’étais heureux. Très heureux. Je ne me suis jamais senti aussi libre que ce jour-là. Quand je cheminais vers le port.
Il s’était précipité à Palos, où il avait menti comme un arracheur de dents sur son âge, sur son expérience en mer, et avait été recruté.
— Tout ça pour ça ! soupira Juanito.
— Je n’avais pas réalisé que ce serait si dur, que les gens que j’aimais me manqueraient tant, que ce serait si long, confessa Manolo. Je ne savais pas que j’aurais tant la trouille sur ce navire !
Six semaines qu’il priait pour que les étoiles brillent dans le ciel, parce qu’il avait peur du noir, et qu’il espérait qu’on ne lui demande pas de monter dans les vergues parce qu’il avait le vertige. Six semaines qu’il tenait bon, coûte que coûte, dans l’espoir de voir de ses yeux les Indes et les merveilles de Cipango[3].
— Tu poursuivais un rêve et tu te retrouves en plein cauchemar ! conclut Juanito. On va bientôt être engloutis par cette satanée mer des Ténèbres. Il paraît qu’une créature effroyable y sévit...
Manolo le regardait avec des yeux interrogateurs.
— ... Un monstre. C’est un dévoreur de marins, un naufrageur de navires. Il nous avalera en une bouchée.
Manolo avait la chair de poule. Il avait déjà entendu les marins évoquer une bête difforme qui vivait dans les profondeurs et attendait le moment propice pour surgir. Une bête qui rôdait parfois à fleur de flots, prête à bondir. Quand ils en parlaient, le garçon se bouchait les oreilles et s’efforçait de s’ôter ces idées-là de la tête. Mais avec le temps, des doutes l’assaillaient.
— Ton premier voyage sera sans doute le dernier ! conclut Juanito.
La situation était si tragique que Manolo avait presque envie d’en rire, mais sa gorge était nouée à cause de l’épaisseur de la nuit et de la profondeur de la mer. Elles paraissaient toutes deux s’être épousées pour l’éternité. C’était une alliance terrifiante, plus qu’humaine.
— Tu n’as pas compris que nous sommes perdus ? On n’arrivera jamais aux Indes, reprit encore le mousse. On erre au milieu de nulle part, et crois-moi, je me fais moine si on trouve une île par ici !
— D’après les calculs du capitaine, précisa Manolo, nous devrions arriver très prochainement.
— C’est bien que tu lui fasses confiance. Tu es le seul sur ce bateau !
— Christophe Colomb n’est pas le premier marin venu, protesta Manolo. Il a traversé la mer Égée, franchi le cap Bojador, suivi la côte de l’Or[4]. La mer, c’est toute sa vie, et je ne connais pas de marin plus aguerri que lui. S’il prétend pouvoir atteindre les Indes en passant par l’ouest, je suis sûr qu’il a raison.
— Toi, tu gobes tout ce qu’il te dit. Et tu ne me fais pas confiance ! Si tu ne me crois pas, t’auras qu’à regarder cela quand il fera jour.
Il lui glissa un papier froissé dans la main.
— Et si tu veux en savoir plus, insista-t-il, tu demanderas à Jorge. Il en a vu des choses dans sa vie de mathurin[5]. Tu entends là ?
Manolo n’entendait justement rien.
— Quand il n’y a plus de bruit sur la mer, c’est que quelque chose se trame ! Crois-moi, elle est futée, on est tous à sa merci ! Quand elle va se réveiller, on sera tous morts. On est arrivés au bout du monde ! Et on va crever.
Manolo tremblait à présent. Il faisait aussi noir que dans le ventre d’un loup.
— Je t’aurai prévenu ! conclut Juanito.
Manolo s’éloigna et marcha jusqu’au gouvernail. La bitacora[6] sur laquelle reposait le compas était le seul point éclairé du vaisseau, la nuit. Il attrapa la feuille qu’il avait fourrée dans une poche de sa vareuse et y jeta un œil.
C’était une sorte de dessin qui représentait la mer des Ténèbres. En son centre était figurée une créature immense qui surgissait des profondeurs de la mer. Un long serpent de mer à la tête recouverte d’une affreuse crinière. Une bête aussi haute qu’un voilier, capable de renverser le grand-mât d’un coup de queue. Elle rôdait au large des Açores. Si les marins disaient vrai, elle ne tarderait pas à se montrer...




[1] Sorte de galère.
[2] Les nefs par exemple.
[3] L’actuel Japon.
[4] Le cap Bojador passait pour être le plus dangereux au monde.
[5] Marin.
[6] L’habitacle.

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